8/3/1915 (2)

La situation des médecins belges [De sociale toestand van de Belgische geneesheren - The social situation of the Belgian M.D.]

(In: L'Echo de la Presse internationale, 8/3/1915)

Les médecins paient un lourd tribut à la crise, tant moralement que matériellement. Moralement car beaucoup voient comme un lourd rideau se baisser devant leur avenir, qu'ils avaient préparé au prix de tant de peine, et qui s'annonçait plein de promesses. D'autre souffrent de constater que leur active collaboration au progrès de la santé publique, est rendue vaine en quelque sorte. D'autres encore seront lésés dans leurs intérêts et leurs affections familles.

Mais le dommage subi par les praticiens de tout rang est surtout matériel.

C'est le moment de réfléchir que le corps médical se recrute en très grande partie dans la bourgeoisie modeste et laborieuse, en ville comme à la campagne. Lorsque la mort frappe dans ses rangs, combien de fois les veuves et les enfants n'ont-ils pas besoin de la solidarité confraternelle, d'une aide pécuniaire fournie par les collègues du disparu! Dans les événements actuels, beaucoup se dévouent sur le front. Plus d'un, frappé d'une balle perdue, est mort en essayant de soulager un mourant. La famille, privée de son chef, a besoin d'assistance pour subsister.

Même les médecins restés ici, dans leur village, endurent des privations pénibles.

Par ailleurs, les cas de maladies et de blessures civiles diminuent sans cesse. Non pas qu'on soit moins empressé qu'autrefois de recourir aux médecins, mais plutôt à cause des progrès de l'hygiène. Sans doute depuis la guerre, beaucoup de familles s'abstiennent d'appeler le médecin pour un bobo; mais, bien avant la guerre déjà, l'hygiène avait extirpé nombres de maladies évitables. Et c'est l'honneur du corps médical d'avoir contribué à ce résultat avec désintéressement et zèle, n'en déplaise aux ironistes irréfléchis qui le dénoncent comme une corporation de morticoles.

Ils n'entrent pas dans nos intentions, bien entendu de solliciter en faveur des médecins éprouvés des générosités que leur fiertés repoussent.

Au milieu de cette crise, les plus dénués d'entre eux prodiguent encore le don gratuit de leurs soins, de leurs conseils, de leurs encouragements aux malades pauvres. Si quelques-uns ont besoin de secours - et il n'y a nul doute à cet égard - c'est la solidarité professionnelle qui doit le leur fournir.