26/4/1915

La fête du muguet [Meiklokje - Lily of the valley]

(In: Le quotidien, 26/4/1915)

On célébrait naguère encore, le 26 avril, une jolie fête dont l'usage remonte à des printemps lointains: la fête du muguet.

Après la cueillette faite de compagnie, garçons et filles se rendaient à la danse, chacun ayant son bouquet; quand un jeune homme se proposait pour cavalier, si sa payse l'acceptait, elle lui tendait son bouquet qu'il plaçait à sa boutonnière, et en échange, il lui donnait le sien qu'elle piquait à son corsage. Et ils dansaient ensemble toute la soirée.

Ces vieux usages, qui se perdent un peu partout et dont il faut regretter la grâce abolie, avaient le double avantage de mettre un peu de variété dans la vie, un peu de poésie naïve et simple dans les habitudes.

C'est peut-être de là que venait une jolie expression qui est en train, elle aussi, de disparaître du langage; on disait mugueter comme on dit maintenant flirter. Les vieux mots s'en vont avec les vieilles mœurs et les vieilles cérémonies; nous nous mettons de plus en plus à parler et à écrire un jargon bizarre et cosmopolite qui n'a plus ni la saveur, ni la couleur, ni le charme du parler d'autrefois:

Au bon vieux temps, un train d'amour régnait...

Si qu'un bouquet, donné d'amour profonde,

C'était donner toute la terre ronde...

Et bientôt, il n'y aura plus que quelques rêveurs pour s'attarder à ces courtes évocations d'un passé bien mort, que le progrès, la science, la vapeur, l'électricité... et les romans nouveaux feront chaque jour paraître plus rococo, plus saugrenu, et, comme on dit avec une élégance si moderne, plus «crevant».

Le diable boîteux