Le "Schisme national" en Grèce, 1916-1917

Depuis le début du Premier conflit mondial, la Grèce a choisi la neutralité, malgré les nombreuses promesses faites par l'Entente et par la Triplice. La bonne entente entre le roi Constantin Ier (° Athènes, 2.8.1868 - + Palerme, 11.1.1923), beau-frère du Kaiser, et son premier ministre Eleftherios Venizélos, partisan de l'entrée en guerre de la Grèce aux côtés de l'Entente, se transforme en crise ouverte en octobre 1915, lorsque le Premier ministre grec autorise le débarquement des troupes alliées revenant de la campagne désastreuse des Dardanelles, à Thessalonique. Le roi réagit en démettant le premier ministre de ses fonctions. L'Entente intervient en lançant un ultimatum au gouvernement grec, lui demandant de démobiliser l'armée, en instaurant la loi martiale à Thessalonique, où est basée l'Armée d'Orient sous les ordres du général français Sarrail, et en appliquant un blocus maritime partiel au sud de la Grèce.

Au moment où la Serbie est envahie par les forces armées des Empires centraux et que l'armée serbe bat en retraite (décembre 1915 - janvier 1916), l'île grecque de Corfou est occupée par les Alliés, sans l'accord du gouvernement d'Athènes. L'armée française occupe l'île pour protéger les réfugiés serbes qui y sont soignés.

En septembre 1916, débute ce que les Grecs nomment le "Schisme national". La Grèce est divisée en trois zones : le nord (Macédoine, Epire, îles de la mer Egée et la Crète) est dirigé par le gouvernement provisoire de Venizélos installé à Thessalonique; au sud, le territoire grec restant sous l'autorité du roi, installé à Athènes et entre les deux, une zone neutre occupée par des troupes alliées afin d'éviter une guerre civile.

Entretemps les Allemands désirent empêcher la progression des Alliés en Macédoine et demandent au gouvernement d'Athènes de pouvoir occuper des bases stratégiques près de la frontière. Ayant reçu des garanties des Bulgares qu'ils ne toucheraient pas à l'intégrité territoriale de la Grèce, le fort Rupel est livré aux Empires centraux. Suite à ces événements, des heurts éclatent à Athènes entre les pro-Venizélos et les Monarchistes et la police n'intervient pas. De peur de voir l'ancien premier ministre arrêté par les autorités, la Marine française réagit en exfiltrant Venizélos d'Athènes et en le transférant en Crète.

Après un coup d'état fomenté par ses partisans, Venizélos devient le chef du gouvernement de défense nationale à Thessalonique.

Tout en négociant avec le roi, l'Entente fait pression sur le gouvernement d'Athènes pour qu'il remette les armes (canons et fusils). Celui-ci refuse et l'Entente envoie un petit contingent à Athènes occuper des positions clés, mais arrivés sur place, les soldats alliés se rendent compte que les positions sont occupées par des milices royalistes grecques. Un coup de feu retentit malencontreusement et l'Entente riposte en bombardant les quartiers près du Palais royal. Un compromis est signé entre les deux partis, mais les Alliés sont obligés de quitter Athènes. La Grèce reste divisée. Le départ du roi pourrait quelque peu résoudre le problème.