Par décret du 7 août 1918, le généralissime Foch, né à Tarbes, le 2 octobre 1851 - mort à Paris le 20 mars 1929, est élevé à la dignité de maréchal de France pour services rendus.

Un témoin bruxellois, comme d'ailleurs toute la population de la Capitale, ne croyait pas que l'offensive française en cours allait être couronnée de succès. Dès que la nouvelle de la prise de Soissons fut connue, les Bruxellois étaient fous de joie et reprenaient espoir; les Allemands pouvaient être battus.

Le 3 août 1918, le journaliste bruxellois note dans son journal : "L'opinion générale, depuis d"eux jours, était que l'offensive française allait se terminer; elle n'avait plus que les derniers sursauts et les minimes résultats de toutes les offensives à leur déclin. Or, brusquement, vers 5 heures, le bruit s'est répandu que les Français venaient de reprendre Soissons et que le front allemand, qu'on nous affirmait être devenu solide comme un roc après ses successifs reculs de la quinzaine - qu'on appelait recul stratégique mais non tactique - était en retraite sur 40 kilomètres. Un torrent de joie charrie le mot Soissons dans toutes les rues, envahit tous les endroits publics, entre dans tous les domiciles privés! La rédaction du communiqué français est formelle ; celle du communiqué allemand porte la jubilation à son maximum : elle nous apprend qu'à la suite des grands succès que l'armée allemande a remporté les deux jours précédents (!) elle a pu, sans que l'ennemi l'ait remarqué, porter sa ligne de défense plus au nord... il n'y est même pas question de Soissons.

"Les crieurs de journaux hurlent : " Demandez le grand succès de Soissons!"; on s'arrache les feuilles; on les brandit; on les commente tout haut dans les groupes. Les Allemands font une g... ! [...]" (Pourquoi Pas? pendant l'occupation..., p. 192)

Dans ses souvenirs de guerre, un journaliste du Pourquoi Pas? racontent la mésentente entre soldats allemands et autrichiens en Belgique. Le mardi 30 juillet 1918 (Pourquoi Pas? pendant l'occupation, p. 191), il écrit:

"Trois trains complets de soldats autrichiens sont arrivés hier à la gare du Nord. Ces militaires n'avaient pas l'air résigné; ils manifestaient une mauvaise humeur tout à fait compréhensible; on les a embarqués vers la région de Mons et la nouvelle nous arrive ce matin, qu'à Jurbise, il y a eu, entre troupes allemandes et troupes autrichiennes, échange d'injures et de coups, tandis qu'à Mons, les soldats de Charles refusant de saluer les soldats de Guillaume, des slaves de révolvers ont mis la ville en émoi. Plusieurs officiers se sont provoqués en duel.

"Allons, allons! qu'ils de mangent l'un l'autre comme ces deux chiens - et qu'il n'en reste que la pointe de leurs casques!"

Photo datant de l'époque où soldats allemands et autrichiens fraternisaient.

Un journaliste du Pourquoi Pas? décrit dans ses souvenirs de la guerre "Pourquoi Pas? pendant l'occupation" (p. 191) ses états d'âme à l'annonce de la contre-offensive alliée et à ses succès. Le dimanche 28 juillet il écrit dans ses notes :

"Ils ont continué leurs exploits pendant toute la semaine. Les armées de l'Entente ont fait 20,000 prisonniers et réalisé un gain territorial de 400 kilomètres carrés, au cours de combats où les Américains ont montré aux Prussiens qu'on avait peut-être tort en Allemagne de les considérer comme des amateurs.

"Nous savons bien que ce n'est pas là la victoire décisive et éclatante qui terminera la guerre - mais, comme il est bon de se réjouir d'une bonne nouvelle, après en avoir enregistré tant de mauvaises! Les vilains jours ne sont pas passés - mais quel revirement soudain! La participation des Japonais est assurée; les affaires allemandes se gâtent de plus en plus en Russie;  -  et l'on se sent l'âme élargie de bien-être en songeant que peut-être l'heure du châtiment arrive..."

Les Alliés avaient amassé des troupes et du matériel dans la forêt de Villers-Cotterêts. Le jour-J, le 18 juillet 1918, les Français, Britanniques et Américains lancent leur contre-offensive. Sans la préparation d'artillerie habituelle, les Alliés bombardent les positions ennemies par surprise et l'infanterie, appuyée par 540 chars légers et 240 chars moyens, passent à l'attaque. Les Allemands résistent encore deux jours, mais le 20 juillet, les troupes démoralisées lâchent prise et se retirent du saillant de Soissons vers les positions sur l'Aisne et sur la Vesle. Les soldats allemands se retirent en pillant et en détruisant tout sur leur passage. Les soldats sont affamés, ils ont besoin de nourriture, ils en volent là où ils en trouvent. Le manque de vitamines les rendent vulnérables face à l'épidémie de grippe espagnole, qui fait des ravages dans les rangs de l'armée allemande.

Ludendorff doit prendre une décision: jusqu'où est-il prêt à se retirer?

Le 15 juillet 1918, les Allemands lancent leur cinquième offensive; une nouvelle attaque de diversion en direction de la Champagne, le long de la ligne de la Marne, afin que les Alliés utilisent toutes leurs réserves et dégarnissent le front nord, près de la Manche.

Les Allemands mettent trois armées en ligne : la VIIe, la Ière et la IIIe.  La VIIe du général Max von Boehn a pour mission de traverser la Marne et de bifurquer vers l'est en direction d'Epernay où elle doit faire jonction avec la Ière armée du général Bruno von Mudra. Cette dernière attaque à gauche et à droite de Reims. A l'est de cette ville, la IIIe armée du général Karl von Einem a Châlons-sur-Marne comme objectif.

Mis au courant de l'imminence d'une offensive par des vols de reconnaissance et par des déserteurs allemands très coopératifs, les Français ripostent par un tir de barrage. La IIIe armée ne progresse guère et dans la matinée du 15 juillet elle est bloquée. Dès lors, les Allemands concentrent leurs efforts sur la région à l'ouest de Reims. La VIIe armée, appuyée par la IXe, passe à l'attaque sur un front large de 32 km et perce les lignes de la 6ème armée française entre Château-Thierry et Epernay. Grâce à l'intervention de la 9ème armée française du général Mitry et des unités britanniques et américaines, les Allemands n'ont pas su tirer profit de leurs têtes de pont sur la Marne.

Le 17 juillet, Ludendorff met fin à sa cinquième offensive. Depuis le début des offensives du printemps, le 21 mars 1918, les Allemands ont perdu 500.000 soldats d'élite irremplaçables, tandis que les Américains en amènent 300.000 par mois sur le continent. Au moment où Ludendorff décide de se retirer du saillant au sud de Soissons et de Reims, les Alliés lancent leur fameuse contre-offensive au moment où les Allemands n'ont pas terminé leur retraite.