20/4/1915

Le fromage blanc [Brusselse plattekaas - Brussels cream cheese]

(In: L'Echo de la presse internationale, 20/4/1915)

Le simple et bon, le prosaïque et populaire «platekees» connaît actuellement sur nos marchés et aussi sur nos tables, les honneurs de la grande vague. Le fromage blanc vit ainsi chaque année des heures brillantes, malheureusement suivies d'heures d'abandon. Sa gloire atteint son apogée en avril et en mai et elle se voile dès qu'arrivent les premiers fruits. L'époque heureuse coïncide d'ailleurs pour lui avec celle des petits oignons blancs et des petits radis roses. Plus tard, les petits oignons sont devenus durs et les petits radis durs sont devenus mous: deux affections d'âges qui les disqualifient les uns des autres.

Le fromage blanc est tout simplement, on le sait sans doute, du petit lait que l'on fait cailler avec le concours d'une matière fermentable qu'on y a jetée. La plupart des communes rurales de l'arrondissement de Bruxelles en fabriquent de grandes quantités amenées chaque matin sur nos marchés au moyen de charrettes chargées de coffres en bois et de paniers.

Le fromage blanc mérite, malgré la modestie de son origine et celle... de son prix, qu'on l'apprécie. Son caillot luisant met une note d'agréable fraîcheur au milieu de la table garnie en vue du déjeuner du matin. Ensuite après avoir flatté la vue, il rafraîchit le palais et va porter ses vertus dépuratives par nos organismes échauffés.

La tartine au fromage blanc constitue de temps immémorial le goûter préféré des familles bruxelloises allant dominicalement respirer l'air pur de la banlieue ou du bois de la Cambre. C'est une spécialité de guinguette dont le succès ne faiblit jamais. Même lorsque la consommation particulière ayant diminué, le fromage blanc est devenue rare sur nos marchés, on en mange toujours sous les tonnelles avec un insatiable appétit.

Le fromage blanc entre pour une grande partie dans la fabrication d'une spécialité bruxelloise connue sous le nom distingué et poétique de «pottekees». Ce dernier est une mixture de fromage blanc, de fromage de Bruxelles, d'oignons coupés et aussi, dit-on d'une larme de faro. Son goût est un peu piquant et fort agréable lorsqu'il est arrosé d'une généreuse bouteille de « gueuze ». La bière un peu capiteuse aide l'estomac à digérer le «pottekees» et celui-ci aide l'estomac à supporter impunément les flots de la bière un peu capiteuse. Ce sont dans ces conditions deux spécialités bruxelloises bien faites pour s'entendre et qui peuvent conduire leur homme fort loin...

11/4/1915

Een kwade grap [Mauvaise farce - Bad joke]

(In: Gazet van Brussel. Dagblad van het Vlaamsche Volk, 11/4/1915)

Een grappenmaker had in een Brusselsch blad een advertentie laaten plaatsen volgens de welke Mevrouw Julien, 198 Louizalaan, een kostelooze uitdeeling van kleederen en hulp aan de armen zou doen. Sindsdien bestormt een massa ongelukkigen het huis zoodanig, dat een politiepost vóór haar huis gesteld is moeten worden.

9/4/1915 (4)

La requête d'un ouvrier de l'usine à gaz de Bruxelles [Verzoek van een werknemer bij de gasfabriek - Request of a worker of the gas plant]

(In: L'Echo de la Presse internationale, 9/4/1915)

À propos du vœu exprimé par un ouvrier de l'usine à gaz de Bruxelles de faire placer des boîtes, le jour de la paie, près des bureaux des comptables, en vue de recueillir des secours pour tous les chômeurs syndiqués ou non, des ouvriers syndiqués nous font remarquer que:

1° L'argent récolté par les listes de souscriptions du syndicat, est versé uniquement par les syndiqués (à deux exceptions près et qui encore n'appartiennent pas à l'usine à gaz, ce qui veut dire que le solidaire de la lettre ne présenta jamais son obole, bien au contraire...).

2° Que la volonté expresse des ouvriers syndiqués et des deux fonctionnaires donateurs exprimée au cours des assemblées syndicales, est, que cet argent, versé par décision et solidarité syndicales, servent exclusivement aux chômeurs syndiqués.

3° Que les ouvriers syndiqués prirent cette décision, parce que sachant que sur la totalité des chômeurs du syndicat, sept seulement habitent des communes où les pouvoirs publics font quelque chose pour eux, tandis que tous les autres habitent des villages dont les administrations n'accordent pas même la soupe, encore moins l'indemnité de chômage!

Au surplus, nos correspondants ne désapprouvent pas le geste de leur compagnon de travail, mais ils tiennent à faire valoir celui des ouvriers syndiqués suppléant au manque de cœur, de ressource ou de prévoyance de certaines administrations communales.

9/4/1915 (3)

On réclame... un magasin communal à Molenbeek [Gemmentelijke winkel te Molenbeek - Communal store in Molenbeek (Brussels)]

(In: L'Echo de la Presse internationale, 9/4/1915)

Un Molenbeekois nous écrit :

Sous prétexte que la commune ne possède pas de magasin communal, les molenbeekois, auxquels il n'est même pas permis de s'adresser aux magasins communaux des autres faubourgs, sont obligés d'acheter cher les marchandises que les habitants de l'agglomération achètent à bon compte dans leurs magasins communaux.

Comme tant d'autres, voici bientôt un mois que je suis inscris sur une liste de commande à la commune de Molenbeek, et comme sœur Anne... nous ne voyons rien venir.

Comme l'administration communale vient d'afficher que le magasin communal s'ouvrira dans quinze jours, ne pourrait-on, en attendant, donner suite à la commande précitée?

Cela contenterait bon nombre d'habitants de Molenbeek et leur permettrait au moins, de faire en attendant quelques économies, excellente précaution par les temps qui courent.

9/4/1915 (2)

Les soirées bruxelloises [Brusselse avonden - Brussels evenings]

(In: L'Echo de la Presse internationale, 9/4/1915)

Les soirées bruxelloises, organisées à l'intention des indigents qui bénéficient de la soupe communale ainsi que des chômeurs, dans le but de les instruire tout en les distrayant et particulièrement pour les retirer de la rue et du cabaret, ont commencé le lundi 1er mars 1915. Elle ont lieu le lundi et le jeudi de chaque semaine et se donnent à titre purement gratuit.

A ce jour, neuf soirées ont été données. Chacune d'elles a été précédée d'une conférence éducative.

L'organisation des dites soirées, nonobstant le concours tout à fait gracieux des conférenciers et artistes, entraîne à des dépenses assez conséquentes. C'est pourquoi le Comité se permet d'adresser un appel chaleureux à la souscription publique et de demander à la population bruxelloise de réserver bon accueil à ses quêteurs.

9/4/1915

Levensmiddelen voor België [Aide alimentaire des EU - Food aid for Belgium from US]

(In: Gazet van Brussel. Dagblad van het Vlaamsche Volk, 9/3/1915)

Het Amerikaansche Hulpkomiteit voor België verzond tot op 17 Maart in 't geheel 250.111 ton levensmiddelen naar ons land.

Deze week worden niet min dan 57 schepen met eetwaar uit Amerika te Rotterdam verwacht, wederom voor België.

3/4/1915

[The "Commission for Relief in Belgium"]

(In: Le progrès libéral, 3/4/1915)

On est vraiment ébahi quand on pénètre dans le grand théâtre du «pôle Nord» transformé, comme on sait, en dépôt, pour l'œuvre du «Relief fund for Belgium», section des vêtements. Ce n'est plus un théâtre, c'est quelque vaste magasin de confection, mais un magasin extraordinaire où tout ce que l'on peut rêver voisine dans le plus pittoresque mélange de couleurs.

On sait que cette œuvre de solidarité, sous la présidence d'honneur de M. Brand-Withlock, ambassadeur des Etats-Unis et de M. le marquis de Villalobar, ministre d'Espagne, a été alimentée largement par la grande finance des Etats-Unis. M. Rockefeller, le roi du pétrole, pour ne citer que celui-là, verse tous les mois 1 millions de dollars (5.000.000 de francs).

Mais ce qui fait mieux comprendre l'extraordinaire enthousiasme que l'héroÏque Belgique a soulevé chez ce grand peuple, c'est la visite détaillée de tous les objets qui nous sont envoyés.

C'est coccasse et émouvant à la fois.

Pilotés par le très aimable directeur M. Georges Desneux, nous nous acheminons entre les rayons dressés à la hâte dans les galeries. A l'entrée, un écriteau attire: "all the goods in the windows for the noble Belgique".

C'est le cri d'admiration de ce grand peuple qui s'exprime à chaque occasion et qui nous remplit de joie et de gratitude.

Mais passons: Voici alignés dans les immenses casiers, des piles de costumes, pantalons, robes, tabliers, gilets de tous genres. On sent à chaque pas que tous, là-bas, ont eu à cœur d'envoyer quelque chose, le pauvre comme le riche. Un habit de cérémonie voisine avec un costume de velours usagé, des souliers vernis avec des lourds souliers à clous.

Mais voici une malle qui vient d'arriver; que peut-elle bien contenir ? Et notre aimable cicerone, en l'ouvrant, nous plonge dans l'ahurissement le plus complet. On croit rêver. Nous en retirons les articles les plus disparates: des gants, des moufles, des voilettes d'un vert cru, des cravates d'un rouge rutilant, des manchons, des couvertures neuves et usagées.

Il semble que l'on voit ces braves gens se précipiter avec une sorte de hâte fébrile vers le bureau d'envoi et on sent que c'était un besoin impérieux chez eux d'envoyer n'importe quoi, chacun selon ses moyens.

Des détails d'un charme exquis: voici l'envoi d'enfants américains à leurs petits frères belges: ici un parapluie minuscule, au manche duquel une petite carte de visite attachée et où je lis "envoi de Boby à un petit camarade belge". Ici un bout de crayon passé dans une petite enveloppe.

Là des bottines qu'un enfant de là-bas a déjà portées. Voici une caisse contenant des centaines de lettres de souhaits: «Merry Christmas!» Et il est émouvant de songer que les petits enfants de là-bas, dans un sentiment exquis, on écrit et envoyé ces petites cartes vers l'inconnu, pourvu qu'elles parviennent à être lues par un petit enfant belge.

Dans un autre rayon, voici un envoi de chapeaux de femme. Des plumes de toutes couleurs mélangent des tons presque toujours très vifs, parfois criards. Des casquettes de jockeys ayant servi de coiffure à quelque «miss» voisinent avec des échantillons de modes d'outre-mer. Mais les petites ouvrières ou les grandes dames d'Amérique n'ont pas un instant songé à la mode. Il n'y a plus de mode dans les calamités, il n'y a plus d'un côté que des pauvres êtres qui ont besoin d'être aidés et de l'autre des êtres généreux qui éprouvent l'irrésistible besoin de venir en aide.

Et c'est pourquoi j'ai vu dans un rayon cette chose incroyable: des habits de cow-boys, en cuir doublé de laine. Du fond des steppes américaines on a pensé à nous. Ceux qui ont fait cet envoi n'avaient peut-être que cela à donner, mais ils l'ont donné, ils ont senti qu'ils devaient prendre part d'une façon quelconque à l'élan de charité qui aimait le pays tout entier.

Comment remercier les Etats-Unis? En continuant à mériter leur estime. Ce peuple magnifique comprend à sa manière les affaires de sentiments: il ne s'agit pas de se confondre en lamentation ni en jérémiades. Pour l'Américain, la virilité est la première des qualités: soyons virils, c'est la meilleur façon de rendre hommage à un peuple si généreux. Efforçons-nous d'être dignes en tout temps de l'appui que nous prête la nation virile par excellence.

Rendons hommage aussi au dévouement inlassable de Madame Philippe Wiener, fille du regretté sénateur libéral Sam Wiener, ainsi qu'à Madame Verhoogen, qui dirigent toutes deux, depuis le début de l'œuvre, ce colossal vestiaire et qui se dépensent sans compter et pour le plus grand bien de tous.

Rendons hommage aussi à toutes les jeunes filles qui, sans recevoir la moindre gratification, simplement par désir de se rendre utiles dans ces moments pénibles, s'occupent de l'arrangement et de l'organisation avec un courage et une activité digne de tous les éloges.