Les Bruxellois sentent que la victoire est proche 2 septembre 1918

Dans "Cinquante mois d'occupation allemande", nous remarquons que l'espoir renaît chez les Bruxellois. L'anxiété disparait petit à petit, les visages deviennent plus souriants. Les gens en rue se déplacent avec plus de légèreté. Encore un peu de patience et ce sera la Libération.

On lit à la date du 2 septembre 1918 : "Voilà six semaines que l'offensive sur la Marne qui devait, définitivement cette fois, conduire les Allemands à Paris, s'est transformée pour eux en défaite, et la défaite continue. La situation militaire en France vient d'être caractérisée aussi spirituellement qu'exactement dans une affiche clandestine placardée à Charleroi; on y fait télégraphier par le Kaiser à l'impératrice : " Grâce à Dieu tout-puissant, à nos héroïques armées, au Kronprinz et à moi-même, nous continuons à reculer conformément aux ordres reçus". Depuis deux mois, plus que de bonnes nouvelles du front, et dont chacune accentue la victoire mentionnée par la précédente. Enfin! le moment que nous attendons depuis quatre ans est arrivé, - le moment où la victoire s'attachera définitivement à nos drapeaux et ramènera nos troupes au cœur du pays, chassant devant elle les Boches en déroute.

"Finis les jours d'anxiété et de cauchemar, les jours sinistres tels que ceux que nous avons traversés au commencement de ce printemps, lors de la fameuse ruée allemande qui a failli faire une brèche désastreuse dans le front franco-britannique. A nous le sourire maintenant.

"Et il s'épanouit, ce sourire, sur tous les visages - sauf ceux des Allemands bien entendu. Il y a je ne sais quelle allégresse dans la physionomie du public; on dirait que les gens marchent, se meuvent avec plus de légèreté. Même les colporteurs du "Bruxellois", - qui a grande vogue à la fin de l'après-midi parce qu'il paraît alors avec le dernier bulletin militaire français, - entendent ne pas perdre leur part dans la débâcle de l'ennemi. On en entend qui crient sans vergogne "grande défaite allemande!" et, pas plus tard que tout à l'heure, j'en ai vu un qui jetait narquoisement ce cri à la figure d'un gros Allemand, en même temps qu'il lui agitait un exemplaire du torchon sous le nez."

Source : GILLE (Louis) - OOMS (Alphonse) - DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande,t. IV 1918, Bruxelles, 1919, p. 301-302.