Pendant toute la journée du 9 novembre, des négociations ont lieu entre des représentants du gouvernement-général et des officiers qui prônent l’instauration d’un Conseil des soldats pour garder la situation sous contrôle. Des assemblées libres de soldats allemands eurent également lieu à l’Eisenbahnerheim (home des cheminots) de la gare du Nord, auxquelles Karl Einstein pris probablement part. Finalement des délégués sont élus dans la nuit du 9 au 10 novembre pour négocier avec le gouverneur-général afin d’obtenir la libération des prisonniers politiques et la distribution d’armes aux soldats afin qu’ils puissent se défendre en cas d’attaque de francs-tireurs. Le gouverneur-général ne peut accueillir la seconde demande, car il n’y a pas assez d’armes, mais il voulait peut-être aussi éviter que d’autres soldats se fassent tués

La rage des réquisitions ne diminue pas. Les Allemands réquisitionnent les cuivres, partout où il y en a: clinches de portes, pompes de fenêtres, des lustres, ... des réverbères. Les autorités allemandes avaient décidé début septembre 1918 de réquisitionner les réverbères qui ne sont pas allumés (9 réverbères sur 10) la nuit pour en retirer le cuivre. L'administration communale de la ville de Bruxelles a bien compris que les Allemands veulent mettre Bruxelles dans l'obscurité et détruire tout le réseau d'éclairage électrique. L'ingénieur Wurth, secrétaire de l'échevin des Travaux Publics, s'insurge contre l'enlèvement des réverbères. Les Allemands insistent et prétendent que si Bruxelles s'exécute, les autres communes de la périphérie obéiront. Ce n'est pas nécessaire, car les démantèlent les réseaux de réverbères dans les communes avoisinantes.

Grâce à une combine assez complexe, les Bruxellois récupèrent en partie les cuivres réquisitionnés.

Source: GILLE (Louis) - OOMS (Alphonse) - DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande, t. IV, 1918, Bruxelles, 1919, p. 302-304.

Dans "Cinquante mois d'occupation allemande", nous remarquons que l'espoir renaît chez les Bruxellois. L'anxiété disparait petit à petit, les visages deviennent plus souriants. Les gens en rue se déplacent avec plus de légèreté. Encore un peu de patience et ce sera la Libération.

On lit à la date du 2 septembre 1918 : "Voilà six semaines que l'offensive sur la Marne qui devait, définitivement cette fois, conduire les Allemands à Paris, s'est transformée pour eux en défaite, et la défaite continue. La situation militaire en France vient d'être caractérisée aussi spirituellement qu'exactement dans une affiche clandestine placardée à Charleroi; on y fait télégraphier par le Kaiser à l'impératrice : " Grâce à Dieu tout-puissant, à nos héroïques armées, au Kronprinz et à moi-même, nous continuons à reculer conformément aux ordres reçus". Depuis deux mois, plus que de bonnes nouvelles du front, et dont chacune accentue la victoire mentionnée par la précédente. Enfin! le moment que nous attendons depuis quatre ans est arrivé, - le moment où la victoire s'attachera définitivement à nos drapeaux et ramènera nos troupes au cœur du pays, chassant devant elle les Boches en déroute.

"Finis les jours d'anxiété et de cauchemar, les jours sinistres tels que ceux que nous avons traversés au commencement de ce printemps, lors de la fameuse ruée allemande qui a failli faire une brèche désastreuse dans le front franco-britannique. A nous le sourire maintenant.

"Et il s'épanouit, ce sourire, sur tous les visages - sauf ceux des Allemands bien entendu. Il y a je ne sais quelle allégresse dans la physionomie du public; on dirait que les gens marchent, se meuvent avec plus de légèreté. Même les colporteurs du "Bruxellois", - qui a grande vogue à la fin de l'après-midi parce qu'il paraît alors avec le dernier bulletin militaire français, - entendent ne pas perdre leur part dans la débâcle de l'ennemi. On en entend qui crient sans vergogne "grande défaite allemande!" et, pas plus tard que tout à l'heure, j'en ai vu un qui jetait narquoisement ce cri à la figure d'un gros Allemand, en même temps qu'il lui agitait un exemplaire du torchon sous le nez."

Source : GILLE (Louis) - OOMS (Alphonse) - DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande,t. IV 1918, Bruxelles, 1919, p. 301-302.

Pendant l'occupation, les Allemands ont réquisitionné les automobiles, les chevaux, les mulets et autres moyens de transport, à tel point que les Bruxellois n'avaient pas d'autre choix que d'utiliser des boeufs ou des vaches, des ânes voir même des êtres humains pour tirer de lourds chariots. Sur la photo nous voyons un chariot bien chargé, tiré par un attelage pas très commun : 5 hommes qui apportent du ravitaillement au centre ville en plein hiver.

Comme Bruxelles est la capitale de la Flandre, selon le "Raad van Vlaanderen", tous contacts entre citoyens, que ce soit verbal ou par écrit, doit se faire en langue flamande. Certaines personnes, même si elles sont taxées de flamingantisme, font parfois des erreurs. L'enseignement en flamand pose de graves problèmes à certaines congrégations religieuses. Les Activistes flamingants n'ont pas autant de succès que veulent bien faire croire les journaux censurés par les Allemands. 

Voici ce qu'écrivent Louis GILLE, Alphonse OOMS et Paul DELANDSHEERE sur ce qui s'est passé le 21 août 1917:

"La directrice de l'école normale flamande pour jeunes filles établie à Laeken, Mlle LAMS - nommée sous le régime de l'occupation, - est flamingante, mais pas suffisamment, faut-il croire, pour le "Conseil des Flandres". Aussi l'administration ministérielle germano-flamingante a-t-elle dressé contre Mlle LAMS un acte d'accusation dans lequel on lui fait grief notamment d'avoir accueilli, d'un fournisseur de l'école, une... facture rédigée en français!

"L'administration a ouvert une enquête au sujet de ce fait et d'autres reprochés à Mlle LAMS, qui a dû comparaître devant les fonctionnaires du département et devant le "Conseil des Flandres". Celui-ci est donc devenu, pour les fonctionnaires, une sorte de tribunal secret, de Conseil des dix, dont la juridiction domine celle de l'administration légale et publique!

"De toutes parts on signale des actes de pression dans le même sens. Les Dames de Sainte-Julienne donnent depuis longtemps, dans leur couvent de la rue de la Charité, des cours de catéchisme aux enfants. Elles sont aidées par des dames du monde. Brusquement ordre leur est donné d'enseigner désormais en flamand. Vu l'impossibilité de souscrire à cette exigence, ne fut-ce que parce que ces religieuses et leurs collaboratrices ignorent ou ne connaissent qu'imparfaitement le flamand, il ne leur reste, à leur profond regret, qu'à cesser les cours et à renvoyer les enfants.

"Sous la protection des baïonnettes allemandes, quelques "activistes" s'en vont à présent, chaque dimanche, dans les régions rurales du pays flamand, célébrer les bienfaits de la séparation administrative. Les journaux censurés grossissent ces minuscules événements, signalent que les orateurs sont applaudis à outrance et que nulle part, bien qu'ils fassent appel à la contradiction, ils ne rencontrent de contradicteurs. En réalité, presque partout, ces orateurs restent seuls avec quelques comparses. On se moque d'eux, on les conspue.

"L'autre dimanche, le nommé BORMS (un des sept qui se rendirent à Berlin), après avoir parlé devant quelques cultivateurs de Herent, sollicita la contradiction. L'instituteur communal se leva et fit bonne justice de ce qui venait d'être dit : le lendemain, il était déporté en Allemagne."

Source : GILLE, Louis - OOMS, Alphonse - DELANDSHEERE, Paul, Cinquante mois d'occupation allemande - t. III 1917, Bruxelles, Librairie Albert Dewit, 1919, p. 387-388

 

Une nouveauté plutôt inutile, car plus personne n'est pressée et n'a d'argent à dépenser ... sauf peut-être les accapareurs. Ce n'est qu'un phénomène de mode, une curiosité, selon le journaliste de l'Événement illustré, 1917.

Le 21juillet 1917, il y eut moins d'incidents qu'en 1916, car les citoyens ne voulaient pas que la commune paie une amende très élevée pour désobéissance. Les magasins étaient ouverts comme tous les jours, mais les commerçants n'eurent pratiquement pas de clients ce jour-là.

Les Bruxellois qui passaient dans la rue Neuve, gardée par trois soldats allemands, se découvraient en passant sur le coin de la rue Neuve et de la rue St-Michel, près du Monument des Héros de 1830.  Découvrant le manège, la Polizei arrêta au hasard quelques Bruxellois patriotes, comme par exemple ces étudiants de l'École des Arts et Métiers de la rue d'Allemagne.