Fête nationale 21 juillet 1917

Comme depuis 1915, les Allemands avaient interdit aux Bruxellois de célébrer la Fête nationale le 21 juillet 1917.

Pour savoir ce qui s'est passé ce jour-là,  écoutons le témoignage de Louis Gille, Alphonse Ooms et Paul Delandsheere :

"Sous le généreux soleil de ce matin d'été, la ville a cependant un certain air de fête. Les écoles ont donné congé à leurs élèves de la même façon que l'an dernier et les bureaux ont licencié leur personnel. Les rues sont peuplées de promeneurs en toilette dominicale. Et des messieurs arborent la redingote et le haut de forme traditionnels.

"Dans la collégiale des SS. Michel et Gudule, c'est, bien avant 10 heures déjà, la grande foule. Par dessus les têtes, on cherche à reconnaître les personnalités qui prennent place dans le choeur. Il y a là, comme d'habitude des représentants du monde poli!tique, de la magistrature, du barreau, de l'administration et, près de l'autel, bien en évidence à la place qui lui est toujours assignée, le comte Jean de Mérode, grand-maréchal de la Cour, entouré de dignitaires du Palais.

"Après l'Evangile, Mgr Evrard quitte l'autel où il officie et s'avance vers le transept. S'adressant d'une voix forte au public, il l'engage à ne pas troubler par des cris ou des acclamations la célébration de l'office divin; la manifestation gagnera, dit-il, en dignité à se maintenir dans le calme qui convient à la majesté du lieu.

"Mais il suffit de considérer les visages pour se rendre compte qu'en un pareil jour, l'immense foule aura quelque peine à déférer à ce voeu.

"De fait, lorsqu'à la fin de la cérémonie, après le "Te Deum" et le "Tantum ergo", la "Brabançonne" éclate à l'orgue, le mouvement d'enthousiasme est irrésistible. Les cris de "Vive le Roi!", "Vive la Belgique!", "Vive l'armée!", partent de toutes les poitrines; des fidèles debout sur les chaises, agitent chapeaux et mouchoirs.

"A la sortie, une bagarre, très vite réprimée par la police communale, se produit sur la place Sainte-Gudule. Quelques "activistes" flamingants venus là dans l'espoir de manifester sur le passage du cardinal Mercier (qui avait présidé la cérémonie de l'an dernier, mais n'assistait pas à celle-ci) refusent d'obéir à la police qui les invite à circuler".

Source : GILLE (Louis), OOMS (Alphonse) et DELANDSHEERE (Paul), Cinquante mois d'occupation allemande, III. 1917, Bruxelles, 1919, pp. 345 - 346.